Une belle parenthèse

En 2011, ma vie d’instit me devenait insupportable.
J’étais dans le rejet de tout mais surtout de la hiérarchie et des collègues, je l’avoue.
A l’époque j’enseignais le français aux enfants étrangers et toutes les heures passées en voiture à aller d’école en école, pour les cours, les réunions de concertation avec les collègues ou avec les parents, le temps passé à trouver des traducteurs en qui les parents des élèves pouvaient avoir assez confiance pour raconter leur histoire, les réunions aves les services sociaux, les réunions bilans avec l’inspecteur ou le Casnav… tout cela eut raison de ma foi en l’éducation nationale.

Ce poste (« CLIN itinérante » appellation du moment) demande beaucoup d’investissement, de travail pour créer ses propres outils pédagogiques (à l’époque, on ne peut pas dire qu’il y avait grand chose sur la toile et en même temps rien de mieux que de créer son propre matériel pour se l’apprivoiser, l’améliorer, se remettre en question, évoluer et s’adapter aux âges, au niveau de la langue, à la culture etc…)
Il demande également beaucoup de psychologie face à l’enfant qui a connu la guerre, la pauvreté, la faim, la peur, le rejet ou l’exclusion…
Bref, ce poste que beaucoup de collègues me jalousaient :
– parce que je n’avais pas de classe (mais 8 écoles à gérer avec des groupes hétérogènes d’âge, de langue, de niveaux, youhouuuuu j’en sautais à pieds joints sur le trampoline t’imagine pas !)
– parce que j’étais itinérante et que donc la récré je la passais dans ma voiture (cool, t’imagines même pas comme je m’éclate dans ma voiture radio à fond à tenter de défier l’horloge pour être à l’heure entre chaque école avec ma thermos de café)
– parce que « tu vois c’est un poste cool, mon copain va le demander, il lui reste 3 ans avant la retraite, tu vois bien, il veut finir cool avec les points NBI… (ben vi pas de souci, je me casse, qu’il prenne le poste…)
Sauf que le collègue en question en a fait une dépression 6 mois après mais ça… c’est une autre histoire qui m’a bien fait marrer.
Tout ça pour dire que ce genre de poste qu’on croit fastoche est chronophage mais aussi bouffeur d’énergie, d’investissement, d’empathie (que penser du gamin qui finit sa nuit à 4h du matin dans la voiture avec sa famille, dans le froid, pour éviter l’expulsion et qui est à l’école à 8H20, la faim et la peur au ventre ( la peur de ne pas retrouver papa ou maman à l’heure des parents et à qui je vais demander d’apprendre le français correctement durant 45 min avant de vite partir pour l’autre école avec un autre groupe)
Alors oui, j’ai pété un câble et j’ai créé mon entreprise de rénovation de meubles.
Je voulais fuir le monde, être chez moi, seule, et ne rendre de compte à personne sauf à moi même.
Durant 3 ans, j’ai vécu de ma petite entreprise de vente de meubles vintage par le net, et comme tout extrême n’est pas bon, je suis revenue dans l’éducation nationale.
Ne voir personne à part le transporteur qui a autant de conversation qu’une huître, avoir à faire à des clientes de plus en plus exigeantes, chiner et courir après la bonne affaire, négocier, discuter les devis, courir après Léon et son gros camion, faire son salaire chaque début de mois tout cela use aussi.
L’herbe est plus verte ailleurs, mais non en fait…
De rage et de colère après un énième connard de transporteur qui m’avait plantée là sans raison en plein succès de mon entreprise, j’ai fermé boutique en 3 clics sur le net, j’ai effacé mon site de vente sur la toile, j’étais dans le rejet à nouveau…
Mais j’ai appris.
Je suis une autodidacte dans la patine, l’ébénisterie, le marketing, la vente, la création, le commerce,
je sais désormais ce que signifie « vivre de son propre travail »,
je suis devenue une manuelle, j’ai découvert des talents que je ne soupçonnais même pas en moi,
j’ai trouvé l’équilibre entre l’intellect et le manuel,
j’ai découvert qu’on pouvait se surpasser, puiser en nos ressources et s’étonner soi-même
j’ai découvert que la notoriété n’est qu’une histoire d’ego…
J’ai grandi.
Et puis je me suis dit qu’il ne fallait pas que j’efface cette parenthèse de ma vie parce que justement elle fait partie de ma vie.
Donc j’ai recréé un blog avec le nom de mon entreprise ce week-end (après tout j’ai payé pour déposer ma marque à l’INPI durant 10 ans)
et j’en ai fait un Portfolio qui répertorie la moitié de mes créations soit 400 en tout (400meubles rénovés en l’espace de 4 ans, cela use physiquement)
N’apparaît dans ce blog que la moitié car je ne montre pas les réalisations clients, et j’ai perdu beaucoup de mes photos après un craquage d’ordi, une clé usb défectueuse et un disque externe pourri…
Donc voilà mon bébé « Artdecoach’s » cher à mon cœur, qui m’a permis de retrouver le chemin de l’école en maternelle avec son côté créatif et innocent et qui finalement a 3/4 ans tout comme mes petits loups.

CLIC sur l’image pour voir tous mes bébés  😀 et merci de partager l’article 😉 car rien ne vaut un partage d’expérience dans des moments de doute.

quand-je-pense-que-y-en-a-qui-y-avait-foutu-des-autocollants

PS : Merci Corinne pour m’avoir soufflée un jour ce beau titre « une belle parenthèse », je comprends seulement aujourd’hui cette expression qui a tout son sens 😉

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20 commentaires

  1. Je suis admirative. J’ose pas imaginer tout le travail, le courage qu’il ta fallu pour mener à bien des activités aussi différentes. Tu as beaucoup de talent mais j’imagine avec beaucoup de travail aussi. Bonne journée

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    1. Merci beaucoup, tu n’es pas la seule à me dire que j’ai eu beaucoup de courage là où je n’y voyais que de la survie (c’était ça ou je tombais en dépression). Et en même temps, c’est quand on croit être au plus bas que l’on trouve encore de la force, de l’énergie, on découvre des ressources insoupçonnables 😉
      Dans tous les cas j’étais bien entourée et soutenue par un petit mari adorable, par une amie qui m’a beaucoup guidée et un papa qui m’a souvent écoutée.
      Belle journée à toi aussi.

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  2. Je comprends tout à fait que tu aies pu avoir besoin de cette belle parenthèse ; et je te félicite d’avoir eu le courage de la vivre pleinement. Tu as bien fait de ne pas oublier cette expérience extraordinaire… Elle te permettra de te souvenir, dans les moments difficiles (et oui, il y en aura sûrement encore !) que tu es pleine de ressources !
    Merci de nous la faire partager… ça peut nous donner des envies de parenthèse à nous aussi ! On peut se dire que c’est possible !

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    1. ça me fait plaisir de savoir que mon expérience peut encourager des collègues à vivre aussi une parenthèse. Rien n’est facile, mais lorsqu’on est sur la bonne voie, le chemin s’éclaire et tout vient à point.

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      1. C’est peu de le dire… L’EN infantilise ses enseignants pour mieux les manipuler je dirais… et en même temps l’enseignant ignore ce que c’est de mettre les compteurs à zéro chaque mois et devoir faire son chiffre pour bouffer à la fin du mois…

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      2. Il ignore la pression quotidienne, le chômage, les licenciements économiques, les réunions avec objectifs…
        J’ai connu un conseil des maîtres hallucinant où pendant une 1/2, il a été question de roulement pour le nettoyage micro-ondes, frigo, vaisselles des autres…

        Aimé par 1 personne

  3. Tes créations sont très belles parce que pleines de vie! Bravo d’avoir osé entrer dans cette belle parenthèse car rien n’est pire que de rester avec des « Si j’avais… », « j’aurais pu… », « peut-être que si… » bref un fantasme… Mais quand on confronte le fantasme à la réalité, comme tu dis on grandit et on se découvre des ressources insoupçonnées jusqu’à lors et ça fait du bien!
    Ton expérience ne fait penser à la phrase de Mandela: « Je ne pers jamais. Ou je gagne, ou j’apprends »
    Belle journée à toi! 🙂

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  4. Je découvre ton blog et j’adore ton humour et ta façon d’écrire ! Bravo pour cette belle parenthèse (on entend souvent que les enseignants ne sont pas capables de faire autre chose, la preuve que si ! Et en plus c’est beau !) C’est super d’oser changer et d’être capable de changer à nouveau ! Il faut du courage, et toi, en plus, tu as du talent. Quelle énergie !

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