Humeurs

On n’est pas qu’instit…

On n’est pas qu’instit, on est aussi serrurier, plombier etc…

Dans notre école, la communication avec la mairie et les services techniques, est quelque peu perturbée.

Lire un petit aperçu ICI.

Depuis Décembre, nous réclamons par téléphone, mail ou compte-rendu de conseil d’école, la vérification des serrures des deux portillons de la cour de récréation.

A cela, on nous a répondus que la difficulté d’ouvrir et fermer les serrures était  due au gel et qu’il fallait attendre.

Seulement, depuis décembre, nous avons tout de même eu quelques journées à la météo clémente… et les serrures demeurent toujours capricieuses.

Depuis une semaine, les portillons ne ferment carrément plus. Autant dire, que lorsque t’es de service de récré, tu pries Saint Antoine de Padoue pour retrouver tous tes marmots à la fin de l’heure.

Bref, ce matin, la moutarde m’est montée au nez, et j’ai demandé à mon mari de me filer toutes ces bombes aérosols pour dégripper les serrures…

Devinez qui était à l’œuvre ce matin en arrivant à l’école et a fait marrer ses collègues, à tel point qu’ils m’ont prise en photo depuis la salle des maîtres ?

Puis comme j’étais chaude comme la braise, parce qu’il m’a fallu moins de cinq minutes pour régler le problème, je me suis fendue d’un petit message privé sur la page Facebook de notre mairie :

08:36

Vous direz à votre employé communal (qu’on attend depuis trois mois pour dégripper les serrures des portillons de l’école maternelle) qu’il n’a plus besoin de se déplacer. Je m’en suis chargée, moi, Mme M….., enseignante en petite section. Votre incapacité à réagir ou transmettre des informations à vos employés communaux suite aux mails, appels, ou compte rendu de conseil d’école de notre directrice montre votre désintérêt d’élu pour une chose, peut être insignifiante pour vous, mais qui pourrait être lourde de conséquences, si un enfant venait à s’échapper durant la récréation.
Pour info, ça m’a pris 5 minutes de faire votre travail….
Le message a été vu très rapidement, pour autant, aucune réponse n’a été faite…
Par contre, dans l’après-midi, on a pu constater que trois employés municipaux étaient venus constater le bon fonctionnement des serrures (enfin, je suppose…) Ils sont restés là à discuter pendant vingt minutes devant le portillon, pis plus rien…
C’est con, que j’ai fermé mon auto-entreprise, j’aurais bien envoyé une facture de dépannage de serrurerie à la mairie.

Si cela n’était épisodique, cela resterait anecdotique…

Seulement cet hiver, nous sommes restés deux semaines sans pouvoir sortir, parce que la cour n’ayant pas été salée, c’était une patinoire. On nous a répondus que c’était trop tard, fallait saler avant que ça gèle et que maintenant c’était foutu, fallait attendre que ça dégèle…

C’est mon collègue de GS qui, de guerre lasse, a fini par prendre râteau et pelle de jardinage de l’école (les petits modèles pour nains de jardin si vous voyez ce que je veux dire) pour casser la glace et nous avons pris le sel de cuisine pour accélérer le processus et enfin, nous avons pu retourner dans la cour…

Il y a deux semaines, c’est un remplaçant qui a débouché l’évier de la cuisine, vidé le siphon etc… car on en avait un peu marre d’attendre notre raie du cul communale.

Cet automne, les feuilles n’ont pas été ramassées non plus.

Depuis trois ans, on attend que la mousse soit ôtée des sols autour des jeux, tellement c’est devenu casse-gueule.

Ah oui j’oubliais ! La semaine dernière, c’était conseil d’école. La municipalité nous a envoyés son photographe en tant que représentant des affaire scolaires…

Et vous ? ça se passe comment avec votre mairie ?

Des petites anecdotes en commentaires ? 😀

 

C’est pas beau de vieillir moi je dis…

Cette semaine, j’ai eu avec des collègues venus d’un peu partout de l’académie, deux jours de formation sur : « Agir et comprendre à travers l’activité physique ».

J’avais reçu un mail, la veille, disant : « Merci de se munir d’une paire de chaussures et d’une tenue adaptées à un déplacement en extérieur. » Chais pas vous, mais moi j’ai compris « venez en tenue de sport quoi ! ».

Devinez qui fut la seule à se pointer en legging moule-cul, sweat-shirt, baskets et polaire tue-l’amour…

Je vous laisse encore quelques secondes pour réfléchir….

Revenons à l’intitulé de ma formation (oui je la joue très perso, c’est MA formation !)

Agir à travers l’activité physique, ça, je comprends ; c’est se bouger le cul, mais bon ça ne se dit pas en vrai à l’école, sauf dans la salle des maîtres.

Mais comprendre à travers l’activité… Comprendre quoi ? Alors là…

Alors si ! Nos fabuleux conseillers pédas (ils étaient quand même pas loin de cinq pour onze stagiaires, on ne sait jamais, des fois que ça soit vraiment difficile de nous faire rentrer les nouveaux programmes vieux de deux ans dans la caboche)on m’a bien expliquée : le nain doit être capable de formuler ce qu’il a fait, de dire pourquoi il a réussi ou pas…

 

ça donne ça : (petite interview d’un enfant qui sort de l’atelier « roulade »)

  • Est- ce que t’as réussi ?
  • Ouiiiii !
  • Pourquoi dis-tu que tu as réussi ?
  • ….
  • Comment tu sais que t’as réussi ?
  • Ben parce que !
  • Ok ! là tu commences vraiment à me faire chier espèce de p’tit con ! T’as fait quoi là ?
  • Une roulade !
  • Ah bah voilàààààààààààààà ! T’as enfin réussi à me le chier ton putain de mot !

En même temps, je pense que même le plus neuneu des neuneus saura vers 18 ans ce que c’est que de faire une roulade.

Et pis après, de toute façon, t’en fais plus de roulade parce que t’es trop rouillé et que pour le coup t’as vraiment l’air con… Ouais je sais, je suis de TRèS mauvaise fois.

Donc on a essayé d’agir et de comprendre à travers l’activité physique en jeu collectif, en orientation et en atelier gymnique.

Pour le jeu collectif, comme j’étais vénère d’être la seule en legging, ben j’ai triché tout le temps !

Quand il s’agissait de ramener UN seul lego dans la caisse en un temps limité, moi je faisais une tour avec les legos, et j’amenais ma tour dans la caisse de mon équipe. Me suis faite grondée par la conseillère péda.

Quand j’étais touchée par l’adversaire (pas émotionnellement hein !) ben j’étais normalement pétrifiée et je ne pouvais plus me déplacer vers mon camp pour encore déposer mon lego dans la caisse de mon équipe, ben du coup je le lançais dedans. Me suis encore faite grondée par la conseillère péda.

Comme tu peux le remarquer cher lecteur, on s’est vachement bien mis dans la peau du nain de 4/5 ans qui fait un jeu collectif. Ma directrice qui m’accompagnait au stage, a horreur de perdre. Elle nous briefait à chaque pause comme si on était des joueurs de NBA.

  • Ouais mais nan chef, les nains ils réfléchissent pas comme ça ! Quand ils ont leur lego, y veulent pas le lâcher !
  • M’en fous ! J’aime pas perdre ! J’ai horreur de ça ! Alors on les lamine en face !
  • ok chef ! 😀 (je l’adore ma chef, elle m’éclate, elle est toujours à fond !)

Ensuite, on a eu droit à un atelier « course d’orientation ».

Je fus une élève en souffrance comme on dit.

Déjà, parce que j’ai le sens de l’orientation d’une huître, mais aussi parce que le type invité pour l’occase pour nous expliquer les codes et enjeux de la course d’orientation, parlait tellement vite qu’il m’a soulée. Il a perturbé la digestion de ma pizza quatre saisons le connard.

J’étais en souffrance également à cause du bruit ! Une collègue volontaire, nous a fait la démonstration d’une course d’orientation dans l’école avec sa classe de grande section. J’avoue que ça démarrait super bien. Comme dans les vidéos du site de formation à distance Magistère… Les élèves étaient super calmes et attentifs, ils répondaient super bien aux questions posées par leur maîtresse, ils avaient l’air d’avoir super bien intégré les règles etc… J’en étais à me dire : « Punaise, c’est surement une instit qui va finir conseillère péda tellement elle emploie des termes que je comprends pas, tellement elle a travaillé la progressivité de ses ateliers, tellement elle gère super bien sa classe, y en a pas un qui moufte. Me suis sentie rapidement une grosse merde.

Et la course a commencé… Ce fut le hors piste total !

Les gamins couraient partout, s’amusaient à faire des glissades, à crier, y en a un qui s’est pris un chambranle de porte dans la gueule, un autre qui s’est viandé le menton sur le carrelage, deux autres se sont téléscopés par le front, bref, tout ce petit monde fut vite garé dans un coin par une Atsem vigilante.

En même temps, j’avoue, j’aurais pas fait mieux voire pire ! Et j’admire cette instit qui s’est lancée dans ce projet pour nous servir une séance durant la formation car l’exercice était vraiment casse-gueule, c’est le cas de le dire…

Le soir, sur MA page Facebook, (je te le répète cher lecteur, je ne suis pas encore totalement décentrée de mon nombril, je suis comme mes nains, c’est MA formation et c’est MA page facebook) je balance une connerie sur MA journée et je reçois un message :

  • Coucou ! Serait-on dans le même stage ? C’est toi qui bosses à B…….. ?

Putain de merde, je viens de me faire gauler… mais par qui ?

  • Euhhhh oui… Et toi, t’es qui ?
  • On était à côté sur le banc, pendant la super séance d’orientation !
  • Aaahhhhhhhh !!!!

Le lendemain, on se retrouve un peu plus complices avec la collègue et on travaille ensemble à l’atelier gymnique.

Il s’agissait de déterminer les consignes et objectifs (la routine quoi) le déroulé de la séance, les variantes etc…. blablablablaaaa….

Et nous voilà à parler d’une séance quant à se déplacer devant un obstacle.

Et là, la collègue me demande très sérieusement :

  • T’as jamais essayé ?  tu sais, t’as les mains par terre et les pieds en l’air  ? on te tient les pieds quoi…
  • Euh… Tu veux vraiment que je te réponde ? 😀 Nan parce que ça s’appelle la brouette….

Eclat de rire….

Pis en discutant, on s’est aperçue qu’on avait travaillé dans la même école il y a plus de quinze ans durant une année…

 

C’est pas beau de vieillir moi je dis…

J’peux plus faire de roulades…

 

 

 

 

Maîtresse Shiva en a marre …

Il y a quelques années, j’enseignais le français aux enfants primo-arrivants en école élémentaire. J’avais ce qu’on appelle un poste de CLIN itinérante, je me déplaçais dans les écoles à la rencontre de mes petits élèves étrangers de tous âges (6 à 10 ans) et  de toutes nationalités (russe, turque, brésilien, serbe, croate, tchétchène, marocain, algérien, roumain, italien etc…). J’avais également un 1/2 poste de maître formateur au CASNAV (Centre Académique pour la Scolarisation des enfants Allophones ).

C’est comme ça que j’ai rencontré E… et sa maman G…., tout juste arrivées de Turquie.

Quand je finissais ma journée dans une école, je croisais souvent G…. qui elle, au contraire, commençait la sienne.

Elle donnait les cours de langue et de culture d’origine turque dans les écoles.

G…. connaissait déjà un peu le français mais pas sa fille qui n’avait que 8 ans, donc E…. était mon élève.

G…. et moi avions toujours un petit quart d’heure de battement vers 16H30, on en profitait pour  fumer une petite clope derrière l’école, tout en discutant de nos élèves respectifs.

Elle me demandait si tout allait bien avec sa fille E…., savoir si elle faisait des progrès en français.

Nous étions chacune fraîchement divorcées, on a rapidement sympathisé et nous nous sommes rapprochées.

Sa fille ayant l’âge de mes filles, tout naturellement, j’ai invité E…. et G…. à la maison et nous sommes devenues amies.

vsdq22l

E…. a fait de rapides progrès car sa maman tenait à ce qu’elle soit bilingue, il y avait une motivation commune, s’intégrer et peut être rester en France.

Elles sont restées cinq années, puis le contrat de G…. se terminant et n’étant pas renouvelé, elles sont reparties en Turquie.

On a gardé un lien via Facebook et Messenger jusqu’à aujourd’hui. Elles sont revenues en France l’année dernière mais cette fois à Nantes.

E….. qui, cette année passe le bac français, a voulu revenir dans la région pour participer aux portes ouvertes de l’université et peut être s’y inscrire à la rentrée.

Je l’ai accueillie pour un court week-end et ce fut une grande joie et un vrai bonheur de la retrouver.

Tout ça pour dire qu’à la rentrée de janvier cette année , j’ai reçu en tant qu’instit de maternelle en rep+, une formation du CASNAV et que je me suis sentie comme une cocotte minute prête à exploser…

J’expliquais que tous les élèves allophones que j’avais eus quelques années auparavant, ceux qui avaient le mieux réussi (certains étaient même les premiers de leur classe), c’était ceux qui avaient compris qu’il y  avait un enjeu pour eux et leurs parents (le plus souvent ne pas retourner dans leur pays d’origine et trouver un travail, S’INSTALLER et VIVRE en France).

Si la famille n’a pas cette motivation et ne la communique  pas à ses enfants, ça fonctionne beaucoup moins bien voire même pas du tout. En tant qu’enseignant, on peut mettre en place toutes les nouveautés pédagogiques que l’on veut, si en face, l’enfant apprenant n’est pas motivé, ne comprend pas l’enjeu qui se joue, ne voit pas la nécessité d’être bilingue, ça ne marche pas. D’autant plus quand ses parents lui font espérer un retour au pays. Je suis d’accord sur le fait que le milieu social joue beaucoup mais il ne faut pas généraliser non plus.

Ce que le Casnav me propose de mettre en place lors de cette journée de formation est à nouveau très lourd, demande du temps, du matériel, de l’investissement… Mais il paraît que ça vient du Québec et que c’est formidable (je rappelle juste qu’on ne peut pas comparer ce qui n’est pas comparable, j’entends par là le système éducatif, les langues enseignées, les catégories sociales immigrantes, les modalités de naturalisation etc…)

Pour la faire courte, en maternelle, ce serait bien que j’ai dans ma classe un imagier avec le mot étranger  et sa traduction française afin de communiquer avec l’enfant en cas d’incompréhension) et de faire des « PONTS » entre sa langue maternelle et le français.

Oui bien sûr…

Je suis en REP + avec des enfants issus d’origine diverses  et variées (arabe, turque, serbe, croate…) donc, je me vois bien avec mes différents classeurs d’imagier à farfouiller tout le temps pour trouver le putain de mot qui me manque pour me faire comprendre. Si tant est que le mot dont j’ai besoin soit bien dans l’imagier…

Evidemment,  pendant ce temps là, mes vingt autres élèves seront forcément sages et autonomes, comme on le voit toujours dans les vidéos du site de formation à distance, j’ai nommé… Magistère.

Je n’aurai pas Deniz qui pisse en cachette derrière le coin garage, je n’aurai pas non plus  Tahla qui grimpe sur l’étagère pour choper sa voiture confisquée (il est très fort en escalade), je n’aurai pas non plus Aya qui hurle parce qu’on lui aura piquée son tablier de cuisine… non, non, je n’aurai pas tout ça…

D’après le CASNAV, ce serait bien aussi que je sois avec mon  microphone à l’entrée de l’école, au moment de l’accueil, pour demander aux parents de me traduire dans leur langue un mot que j’enregistrerais et collecterais dans une application  de mon ipad (je n’en ai pas mais c’est pas grave) pour que les enfants puissent l’utiliser à leur tour sur leur tablette ( ils n’en ont pas mais c’est pas grave) et s’apercevoir que parler leur langue en classe, c’est permis, ça n’est pas interdit, ni tabou ; la preuve, la maîtresse fait des « PONTS » entre le français et leur langue maternelle, elle sait dire en plusieurs langues « Bonne année » par exemple…

Oui bien sûr…

Je finis déjà de mettre en place et m’approprier le carnet de suivi pis je reviens ok ?

(Pis je n’empêche pas les enfants à parler entre eux en turc aux coins jeux et ça ne les empêche pas non plus d’essayer de parler français au coin langage et d’être fier de dire le bon mot ; ils ont 3/4 ans mes nains   ❤ )

Pis comme il n’y en avait pas assez, une autre formation sur le langage cette fois,  eut lieu deux semaines plus tard et nous invitait à enregistrer des séances de langage avec chaque élève, individuellement donc… plusieurs fois dans l’année tant qu’à faire, pour constater leurs progrès dans la langue.

Oui bien sûr… Quand  mon nain ne dit rien en septembre puis qu’apparaissent une petite voix et un mot en décembre, une phrase en février et un échange langagier en juin, je n’ai pas besoin de microphone pour constater les progrès du gamin.

Juste pour préciser, ça fait bientôt six semaines qu’on a eu cette formation…

ça fait six semaines que mon ancien collègue du CASNAV ne nous a toujours pas envoyés les liens « intéressants »  de sites et autres outils numériques dont on pourrait se servir.

Je n’ai toujours pas d’ipad (et mes élèves n’ont pas de tablettes non plus d’ailleurs) ni le nom de l’application si prometteuse pour enregistrer les parents (ça devait être dans le mail).

Alors oui, je pourrais tendre mon micro aux parents au moment de l’accueil le matin et qu’ils me traduisent dans leur langue,  les mots dont j’ai besoin au quotidien avec mes élèves pour faire des « PONTS » entre le français et les différentes langues de ma classe…

Oui je pourrais…

600px-flickr_-_dalbera_-_shiva_nataradja_seigneur_de_la_danse_musee_guimet

Mais comme il faut déjà que je garde toujours mon téléphone portable près de moi, prête à dégainer pour prendre en photo la réussite de plusieurs élèves dans la journée, afin d’imprimer ces photos et les consigner dans le carnet de suivi, je me vois mal avec ma tablette ou mon iPad en plus, sans compter mon microphone et mes imagiers…

  • J’en ai déjà ras le bol d’avoir plus de photos de mes élèves sur mon téléphone que de photos de mes propres enfants,
  • j’en ai assez d’avoir un téléphone qui merdoie parce que la mémoire est pleine et que je dois me résigner à acheter une carte micro SD pour gagner en mémoire,
  • je n’ai pas envie d’avoir encore en plus des audios mp3 de mes élèves au milieu de mes audios de méditation et de relaxation parce que j’en ai vraiment besoin de ça par contre, pour débrancher de ma journée,
  • je ne suis pas Shiva qui sait jongler avec appareil photo, iPad,  microphone, imprimante, clé usb, et je ne connais pas un corpus de mots a minima dans 5 ou 6 langues différentes … pour faire des putains de « PONTS » avec mes élèves !

J’ai envie de dire MERDE !

Jouer, peindre, patouiller, chanter, danser, mimer, faire de la cuisine, bricoler, voilà mes « PONTS » pour communiquer avec mes élèves.

Je ne sais pas si t’as remarqué cher lecteur, mais durant toute cette journée de formation, on n’a pas arrêté de me dire de créer « des ponts ». Ben, désolée, je ne suis pas dans le BTP. Ouais je sais, je suis de mauvaise foi.

E…. m’a apportée une jolie réponse lors de son séjour à la maison :

« J’étais obligée d’apprendre le français mais mes parents m’ont expliquée qu’être bilingue était un atout. Que même si on ne restait pas en France, il fallait connaître la langue car ça m’ouvrira des portes plus tard, adulte. Quand je suis arrivée en France, ma maman n’a pas mis les chaînes turques à la télé. Il n’y avait que les chaînes françaises.

Je regardais les dessins animés uniquement en français pour m’imprégner.

Et j’avais des copines à l’école, si je voulais jouer et communiquer avec elles, fallait que j’apprenne le français, quelle que soit leur origine.

Depuis que je suis revenue en France, j’ai constaté que plein d’enfants dont les parents sont d’origine turque comme moi, parlent mal leur propre langue maternelle, j’ai du mal à les comprendre et parfois même leurs parents ne les comprennent pas ! Si on parle mal sa propre langue maternelle, on ne peut pas apprendre une autre langue. Si on ne s’ouvre pas à l’autre et qu’on reste enfermé dans sa communauté, on n’apprend pas. »

(Voilà voilà…)

« Et ce que j’aimais bien quand j’apprenais le français avec toi c’est qu’on faisait plein de jeux de memory, loto, on jouait à « qui est-ce ? , au jeu de 7 familles, aux dominos, tu te souviens ? J’ai appris plein de vocabulaire comme ça, puis on lisait des albums et même on regardait des vidéos de Mister Bean et on racontait ce qu’il faisait, c’était drôle ! Même une fois, on a préparé un goûter, on a mis la table et on a fait la vaisselle… c’était cool. Et quand on était fatigué, tu nous donnais des coloriages d’images sur notre cahier et juste on écoutait. »

pksxhew

 

 

 

 

Une belle parenthèse

En 2011, ma vie d’instit me devenait insupportable.
J’étais dans le rejet de tout mais surtout de la hiérarchie et des collègues, je l’avoue.
A l’époque j’enseignais le français aux enfants étrangers et toutes les heures passées en voiture à aller d’école en école, pour les cours, les réunions de concertation avec les collègues ou avec les parents, le temps passé à trouver des traducteurs en qui les parents des élèves pouvaient avoir assez confiance pour raconter leur histoire, les réunions aves les services sociaux, les réunions bilans avec l’inspecteur ou le Casnav… tout cela eut raison de ma foi en l’éducation nationale.

Ce poste (« CLIN itinérante » appellation du moment) demande beaucoup d’investissement, de travail pour créer ses propres outils pédagogiques (à l’époque, on ne peut pas dire qu’il y avait grand chose sur la toile et en même temps rien de mieux que de créer son propre matériel pour se l’apprivoiser, l’améliorer, se remettre en question, évoluer et s’adapter aux âges, au niveau de la langue, à la culture etc…)
Il demande également beaucoup de psychologie face à l’enfant qui a connu la guerre, la pauvreté, la faim, la peur, le rejet ou l’exclusion…
Bref, ce poste que beaucoup de collègues me jalousaient :
– parce que je n’avais pas de classe (mais 8 écoles à gérer avec des groupes hétérogènes d’âge, de langue, de niveaux, youhouuuuu j’en sautais à pieds joints sur le trampoline t’imagine pas !)
– parce que j’étais itinérante et que donc la récré je la passais dans ma voiture (cool, t’imagines même pas comme je m’éclate dans ma voiture radio à fond à tenter de défier l’horloge pour être à l’heure entre chaque école avec ma thermos de café)
– parce que « tu vois c’est un poste cool, mon copain va le demander, il lui reste 3 ans avant la retraite, tu vois bien, il veut finir cool avec les points NBI… (ben vi pas de souci, je me casse, qu’il prenne le poste…)
Sauf que le collègue en question en a fait une dépression 6 mois après mais ça… c’est une autre histoire qui m’a bien fait marrer.
Tout ça pour dire que ce genre de poste qu’on croit fastoche est chronophage mais aussi bouffeur d’énergie, d’investissement, d’empathie (que penser du gamin qui finit sa nuit à 4h du matin dans la voiture avec sa famille, dans le froid, pour éviter l’expulsion et qui est à l’école à 8H20, la faim et la peur au ventre ( la peur de ne pas retrouver papa ou maman à l’heure des parents et à qui je vais demander d’apprendre le français correctement durant 45 min avant de vite partir pour l’autre école avec un autre groupe)
Alors oui, j’ai pété un câble et j’ai créé mon entreprise de rénovation de meubles.
Je voulais fuir le monde, être chez moi, seule, et ne rendre de compte à personne sauf à moi même.
Durant 3 ans, j’ai vécu de ma petite entreprise de vente de meubles vintage par le net, et comme tout extrême n’est pas bon, je suis revenue dans l’éducation nationale.
Ne voir personne à part le transporteur qui a autant de conversation qu’une huître, avoir à faire à des clientes de plus en plus exigeantes, chiner et courir après la bonne affaire, négocier, discuter les devis, courir après Léon et son gros camion, faire son salaire chaque début de mois tout cela use aussi.
L’herbe est plus verte ailleurs, mais non en fait…
De rage et de colère après un énième connard de transporteur qui m’avait plantée là sans raison en plein succès de mon entreprise, j’ai fermé boutique en 3 clics sur le net, j’ai effacé mon site de vente sur la toile, j’étais dans le rejet à nouveau…
Mais j’ai appris.
Je suis une autodidacte dans la patine, l’ébénisterie, le marketing, la vente, la création, le commerce,
je sais désormais ce que signifie « vivre de son propre travail »,
je suis devenue une manuelle, j’ai découvert des talents que je ne soupçonnais même pas en moi,
j’ai trouvé l’équilibre entre l’intellect et le manuel,
j’ai découvert qu’on pouvait se surpasser, puiser en nos ressources et s’étonner soi-même
j’ai découvert que la notoriété n’est qu’une histoire d’ego…
J’ai grandi.
Et puis je me suis dit qu’il ne fallait pas que j’efface cette parenthèse de ma vie parce que justement elle fait partie de ma vie.
Donc j’ai recréé un blog avec le nom de mon entreprise ce week-end (après tout j’ai payé pour déposer ma marque à l’INPI durant 10 ans)
et j’en ai fait un Portfolio qui répertorie la moitié de mes créations soit 400 en tout (400meubles rénovés en l’espace de 4 ans, cela use physiquement)
N’apparaît dans ce blog que la moitié car je ne montre pas les réalisations clients, et j’ai perdu beaucoup de mes photos après un craquage d’ordi, une clé usb défectueuse et un disque externe pourri…
Donc voilà mon bébé « Artdecoach’s » cher à mon cœur, qui m’a permis de retrouver le chemin de l’école en maternelle avec son côté créatif et innocent et qui finalement a 3/4 ans tout comme mes petits loups.

CLIC sur l’image pour voir tous mes bébés  😀 et merci de partager l’article 😉 car rien ne vaut un partage d’expérience dans des moments de doute.

quand-je-pense-que-y-en-a-qui-y-avait-foutu-des-autocollants

PS : Merci Corinne pour m’avoir soufflée un jour ce beau titre « une belle parenthèse », je comprends seulement aujourd’hui cette expression qui a tout son sens 😉

Derrière la porte de la classe…

Cette année, j’ai  changé d’école… Je suis retournée là, où j’ai commencé, quand j’ étais jeune et belle avec la foi en l’éducation nationale.

Maintenant, je suis vintage,  et je ne crois plus qu’en moi.

J’enseigne donc,  non plus en ZEP (Zone d’éducation prioritaire dénomination d’il y a 20 ans) mais en REP+ !!

$T2eC16NHJFoE9nh6nPzEBRsMKwvUB!--60_35

 

C’est incroyable, cette facilité qu’ont nos ministres successifs à renommer une zone géographique ou une compétence pédagogique, croyant naïvement que cela va changer la donne.

Il y a presque 20 ans, lorsque j’ai commencé à enseigner, la ZEP voyait se côtoyer toutes les nationalités, toutes les cultures et aujourd’hui, il n’y a plus que des blacks et des  beurs. Manque le « blanc », le « pas cuit », la « tête blonde » bref, la couche de lait de l’OREO.

Après la minute de Madame Cyclopède, arrive le temps de vous parler de ma rentrée  et celle de mes nains.

Le premier jour, il faut se préparer à se transformer en déesse indienne Durgâ, celle qui a plusieurs paires de bras.

Il faut également se faire greffer des yeux dans le dos et plusieurs autres paires de jambes :

  • des yeux pour mater le nain qui tente de s’échapper de la classe ou de la cour de récré,
  • des jambes pour empêcher le nain de passer le pas de la porte en courant
  • des bras pour porter le nain qu’on a réussi à choper. Et ceci chaque minute !

Si le nain ne manque pas de tactiques pour se tirer de la classe, les parents ne sont pas en reste non plus, a contrario, pour déposer leur enfant à l’école :  😉

  • Il y a le parent qui accompagne son enfant jusqu’en classe, reste avec lui et qu’il faut déloger au pied de biche (le parent hein, pas le gosse),
  • il y a celui qui pousse le gamin en classe et se tire en courant, (libérééééééééééé, délivrééééééééééééé !!!)
  • il y a également le parent qui vous demande de bien vouloir le libérer du boa constrictor enroulé autour de son cou tellement qu’il a mal et n’en peut plus de porter 15 kg depuis chez lui.

Une fois qu’on a réussi à calmer tout ce petit monde et que les parents sont partis, rien de mieux qu’un passage aux toilettes pour apporter une cohésion au groupe. Culotte baissée, faut dire que le nain fait moins  le malin… pis surtout, le nain court beaucoup moins vite.

1733564b3d25674a21e3d4a864de505c

 

Vient ensuite le temps de l’histoire racontée par la maîcresse.

Un temps d’écoute, de calme, d’attention…

qui dure 2 minutes !

  • y a  le petit malin qu’a toujours quelque chose à dire et t’interrompt,
  • le deuxième petit malin qu’ a rien capté mais qui veut quand même participer et tombe toujours à côté
  • et y’a encore le troisième malin qu’arrête pas de faire CHUT !! CHUUUUUT!!! MAIS CHUTEUUUUHHHH !!!!! croyant aider la maîcresse (espèce de fayot) mais qui fout bien la merde avec ses chut intempestifs et postillonnants !

Bref, la  maîcresse que je suis,  rêve de ça 2 minutes :

Toddlers on bench in gas masks during WWII

 

Arrive le moment tant attendu par le nain de la récré…

 

La récré est mon cauchemar… car la cour est trois fois plus grande que ce à quoi j’ étais habituée dans ma précédente école, et parce que  plus de 100 gosses au lieu des quarante habituels, y évoluent dans une cacophonie extraordinaire !

  • il y a celui qui tente d’escalader le grillage,
  • celui qui s’énerve parce que le portail est fermé et vient me demander les clefs  (3 ans et demi le marmot ! comme quoi, le langage est là quand c’est une question de survie à savoir se tirer d’Alcatraz !)
  • celui qui n’a jamais descendu la colonne de pompier et tente l’affaire quand même, idem pour le toboggan ou le tunnel…
  • celui qui vous prend la main et décolle plus
  • celui qui pleure , bave, mouche et fait des bulles et se pisse dessus…

Rassembler toute la meute pour rentrer en classe demande patience, physionomie, et beaucoup d’allers retours. Excellent exercice de motricité pour nous les maîtresses.

 

Toujours est-il qu’après deux semaines d’école, je suis devant un sacré dilemme ! ça va sortir par où ? le cucul ou la tétette ?

funny-vintage-photos-11

 

Et oui ! La gastro est de retour ! Prendre la main du morveux, se faire baver, cracher, postillonner dessus… ça, j’avais oublié durant mes dernières vacances !

M’en fous ! A Noël, je vais me venger !

11695786_804378336344092_8457882387844935314_n

PS : toutes les images sont issues du site vintage everyday une vraie mine d’or quand tu veux te fendre la gueule 😀

Z’étiez pas prof ?

Pour ceux qui suivent un peu le blog (c’est par ici si tu débarques), je me suis mise au sport afin d’éliminer quelques goûters d’anniversaire de ma classe maternelle et autres joyeusetés en provenance de la salle des maîtres, à savoir le restant de tarte du dimanche, le restant de cake du mercredi, et le restant de biscuits ou de cookies de la semaine, ben vi, c’est week-end, faudrait pas gâcher.

Il y a donc quelques jours, je me lançais dans le cardio fractionné, à savoir courir à fond une minute, récupérer trente secondes et recommencer…

Cette démarche est discutable, certes, mais il faut savoir varier les plaisirs. S’amuser sur un tapis roulant ou un stepper, est aussi facile que de se détendre en plein examen gynécologique ou séance de tatouage.

mdHREUb

 

 

Je m’appliquais donc…. les yeux rivés sur le chrono du stepper quand mon jeune voisin de tapis me demande d’un coup :

– Seriez pas prof ?

Hé merde ! je peux pas en suer tranquille !  Euh oui… répondis-je, soufflant, suant et haletant tout en courant comme une vache pressée de se faire tirer le lait

– Z’étiez prof à B………t ?

Punaise ! Bon Dieu, dis moi que c’est pas un ancien élève putain ! Ben euh oui …

– Ah je me disais aussi ! Vous me reconnaissez ?

– Ben…déjà que je suis pas physionomiste pour deux sous mon coco et puis là je suis en vacances j’oublie tout, plus rien à faire du tout Non ! Dîtes-moi votre prénom ?

– Unal ! Moi, je vous ai reconnue tout de suite, z’avez pas changé ! J’étais en CM1 !

– Unal, tu sais que je ne te  donne plus de note maintenant. T’as le droit de dire que j’ai morflé ! malgré mes masques à l’huile d’argan, à l’argile blanche et au ghassoul…

– Oh non m’dame ! Juré z’êtes toujours la même… ‘Savez que j’ai 23 ans ?

Ta gueule ! Ah ouais quand même…

Moralité : le sport, ça conserve !

Même si je dois l’avouer, je ne  sais pas si c’est le sport ou l’alcool qui conserve… Je tendrais plus vers le petit coup de blanc sur le zinc, vu que je pratique le lever de coude depuis plus longtemps que le cardio fractionné…

Baby animal (9)

 

J’ai été reformatée

En début de semaine, j’ai suivi une formation à l’inspection sur les nouveaux programmes en maternelle.

Avant tout, observons un peu le public d’enseignants 😀

A côté de moi, j’avais la maîtresse studieuse, celle qui n’a pas quitté les années 80 à en croire sa coupe mulet, sa tenue vestimentaire, sa moustache et ses lunettes.

2mQW4af

 

Il y a celle qui est venue en formation pour ne pas être durant deux jours devant les mômes. C’est à dire 75% du public en fait.

Il y a aussi la vieille instit qui est en maternelle depuis 40 ans et parle avec une voix toute douce, s’émerveille d’un rien, contredit tout mais avec un tel sourire qu’on se demande si elle n’est vraiment pas d’accord.

Y a l’instit bourgeoise qui ne fait pas partie de notre monde à en croire ses Louboutins.

Pis y a la fille de mon connard de voisin. Quelle n’a pas été ma surprise quand j’ai entendu son pedigree.

J’ai relevé la tête en me demandant si je n’avais pas rêvé ! Mon gros connard de voisin a une fille instit en maternelle !

NCV8JEw

Il faut avouer que cette conne, file  tellement vite avec sa voiture noire devant chez moi (quitte à renverser un gosse qui pourrait jouer dans l’impasse), que je n’ai jamais pu voir son visage. Et là, stupéfaction ! Même teint jaunâtre que son père, même gueule de con(ne).

C’est alors que radio langue de pute se met à émettre de nouveau.

J’ai retrouvé Valérie, une collègue avec qui j’ai débuté, et elle aussi me parle de la connasse. Il paraîtrait qu’elle aurait demandé une formation pour devenir psychologue scolaire et que dans son école, toutes les collègues ont mis la bouteille de champagne au frais au cas où elle se casserait enfin. Plus personne ne la supporte, c’est une vraie saloperie, autant avec les gosses qu’avec ses collègues. Là, j’ai eu la confirmation que c’était vraiment la fille de mon connard de voisin.

Comme me dit Valérie :  » Tu sais, c’est toujours ceux qui en ont le plus besoin qui veulent devenir psy ! »

Bref, les jalons sont posés.

Vingt minutes après nos présentations, l’inspectrice commence à nous poser quelques questions sur l’organisation de nos classes notamment concernant les tous petits, j’y réponds sans souci… Et dans un moment d’égarement, je me suis laissée emportée par mes pensées… Je suis partie loin, très loin, telle une montgolfière au-dessus du désert avec le prince d’Arabie en bas au galop sur son cheval blanc…

« Et vous, madame, dhrufklkùdjozesdcjihuievnkcahuzv’  ??? »

« Euh… (grand moment de solitude…) Pardon, Madame l’Inspectrice, j’avoue que j’ai un peu décroché là, et je m’en excuse, pouvez-vous répéter votre question s’il vous plaît ? J’y répondrais volontiers… »

Et là j’ai vu deux choses dans le regard de l’inspectrice :

Elle OSE me dire qu’elle n’écoute pas MA formation !

Et « Comment que ça va être la merde cette formation de deux jours, si au bout de vingt minutes j’en ai déjà une qui décroche ! »

Finalement, je me suis rattrapée une heure après… Et là, je me la suis mise dans la poche l’inspectrice.

Les nouveaux programmes de maternelle prônent la bienveillance envers l’enfant. Mon instit studieuse à moustache commence à lever la main en disant que, la bienveillance, c’est une chose que toutes les maîtresses font depuis bien longtemps dans les classes (sauf les connasses… ça c’est moi qui le dis) . Le fait que la bienveillance soit ainsi mise en avant par le ministère, ma collègue studieuse a l’impression qu’on la stigmatise et que « c’est comme si on nous disait qu’on n’avait jamais été bienveillant ! ».

C’est là que j’interviens :

« Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Nous, les enseignants de maternelle, nous avons été consultés plus d’une fois afin de faire remonter pas mal de choses pour les nouveaux programmes. La bienveillance en faisait partie.

Si cela n’avait pas été pris en compte dans les programmes , vous auriez chère collègue accusé le ministère de ne pas nous avoir entendus. Maintenant que c’est noté dans les programmes, vous avez le sentiment d’être accusé à tort de n’avoir jamais été bienveillant envers ses élèves.

Faudrait arrêter la susceptibilité de l’enseignant mal placée parce qu’on ne va jamais avancer là ! »

73YnDsY

Sinon qu’ai-je retenu ?

  • Que l’inspectrice a fait pas mal de fautes sur son diaporama…
  • Elle a dit que  » Les petits s’en foutent de la date et de la météo… Et y a beaucoup trop de rituels ! »
  • Une enseignante a remarqué qu’elle faisait beaucoup plus de signalements depuis quelques années…

En même temps, faillis-je répondre, « Tu enseignes dans un patelin connu pour son taux record de chômage dans la région, accompagné du même taux record de bar par habitants ! Forcément, il ne faut pas s’étonner que le frangin bourré se gourre de maison mitoyenne et se tape sa soeur en sortant du troquet ! » Je dis ça je dis rien…

  • On ne dit plus Découvrir le monde mais Explorer le monde
  • On ne dit plus Numération mais Structurer sa pensée
  • On joue, on joue et on joue ! pour apprendre…. Enfin ! 😀

Sinon, j’ai vu mon vrai inspecteur à moi.

Mes collègues ont eu droit à une petite joute verbale entre lui et moi ❤

En effet, notre circonscription veut lancer une phase test de séances de langage intensif en maternelle. Un album a été choisi comme support, c’est ça :

couv-240

Autant dire, un album que je trouve moche (graphisme immonde), vieux (pour ne pas dire gentiment vintage), trop long, avec un vocabulaire fastidieux, bref…. J’ai fait part de mon désaccord, il y a déjà deux mois aux conseillères pédagogiques et personne n’en a tenu compte.

Une conférencière, venue une semaine auparavant nous parler du langage à travers l’album, nous a défini  les critères de choix de l’album, et « le géant de Zeralda » est justement à éviter.

Lors de cette formation, je dis à mon inspecteur que c’est quand même dingue de  s’obstiner à vouloir travailler sur un album tout ça parce qu’un con a déjà préparé des séances de langage en phase test et que par fainéantise de changer d’album et de préparer autre chose de plus adéquat, on maintient toujours ce choix absurde !

  • Ah mais oui ! Je connais bien « Le géant de Zeralda » pour avoir travaillé dessus quand j’étais enseignant.
  • Et ben oui Môssieur l’inspecteur ! Cet album il date des années 80  !! Je pense que d’autres livres ont été publiés depuis qui sont quand même mieux que ça !
  • C’était début 90 !
  • Vous rigolez Môssieur l’inspecteur ! Ce livre a été publié DEBUT 80 !
  • Vous m’avez mal compris… Je l’ai utilisé dans les années 90 !
  • Ah… (passage d’une armée d’anges, d’archanges et de séraphins durant ce silence)  Je fais beaucoup plus jeune que mon âge !
  • Moi aussi je fais beaucoup plus jeune que mon âge…
  • 😀
  • Bref, vous êtes en train de me dire que pour notre projet de circonscription concernant le langage, on a choisi un album inadapté, par fainéantise de préparer des séances sur un nouvel album, et que donc on se plante complètement ?
  • Oui. En plus dans chaque école, il y a au moins un collègue qui travaille sur la liste d’albums du concours « le livre élu » donc, on pourrait peut être apporté un peu de cohérence en choisissant un album dans cette liste pour votre projet.  Le travail de préparation est déjà mâché en amont par les collègues participants.
  • Vous avez raison ! On choisit un livre de cette liste, il reste deux semaines, mes collègues vont préparer ça.

Les deux conseillères pédagogiques restées silencieuses me détestent maintenant.

On se lâche…

Parfois, la salle des maîtres, c’est un peu comme la salle de repos des infirmières… C’est l’exutoire, le confessionnal, là où on sait que même si on déballe la pire des horreurs, ça ne sera pas répété… Alors on raconte nos histoires quotidiennes et on se lâche !

La salle des maîtres devient alors une salle de spectacle, chacun fait son petit stand up en imitant les gosses ou le collègue…

Il y a le gamin au bonnet rouge, qu’a une tête de « pas fini », à qui on ne confierait pas une hache, même en plastique, histoire de le déguiser en nain pour le spectacle de fin d’année… Des fois qu’il s’identifie et vue sa violence habituelle, on aurait droit à un carnage !

Il y a le gamin qui essaie de souffler une plume dans le jeu du silence, malheureusement la plume vient se coller à la morve dégoulinante de son nez… Donc il a beau souffler, ça reste coller… Quand t’es prognate, t’as encore plus l’air con quand tu souffles.

Y a celui qui pue tellement que, dès son arrivée en classe, t’en gerberais tes céréales spécial K sur les chaussons du gosse.

Quand tu découvres que t’as mis un pansement au gosse sur un bouton gratté, et que trois semaines après, il est toujours intact… un peu gris certes, mais toujours intact le pansement.

Parmi les boulets, y a aussi l’Atsem… Tu la connais l’instit qui crie de joie quand son Atsem est absente ? Nan ? Ben c’est moi…

Elle sert à rien à part  niquer toutes tes photocopies ou tous les jeux que t’as plastifiés en les découpant de travers.

On ne compte plus le nombre de dés, de pièces de puzzle, de cartes ou de bouquins de la bibliothèque qu’elle a paumés…

Quand tu cherches le briquet planqué dans le bureau pour allumer les bougies d’anniv de Zohra et que ton Atsem te dit qu’elle l’a pris pour dégeler le bouchon du réservoir à essence de sa bagnole…

Quand ton Atsem a des poux et que personne d’autre dans la classe n’en a, même pas un gosse…

Quand ton Atsem ne sait pas renculotter un gosse : elle remonte le pantalon sans avoir préalablement remis la culotte du môme, ça marche pareil avec les collants….

Sachant qu’il y en a une bonne vingtaine dans la classe de mômes et que tu fais au moins trois passages aux toilettes par jour… C’est long de tout reprendre…

Quand ton Atsem s’asseoit et offre à la vue de tous les nains de la classe la couleur du jour de son nouveau string…

Quand tu pleures en salle des maîtres…. et que ton directeur fait le con pour te redonner le sourire…

Il imite très bien l’obsédé sexuel qui a des oxyures et se gratte le cul… Je vous laisse imaginer…

Entre collègues de maternelle, on aime bien aussi dire des tas de gros mots, étant donné qu’on se retient durant tout le temps de classe…

« Je m’en bats les steacks ce ce connard, j’y pisse à la raie » est monnaie courante concernant un parent un peu chieur… Cette expression marche pareil avec l’inspecteur, le conseiller pédagogique ou le collègue à la coupe mulet que tu peux pas blairer depuis la rentrée.(ça arrive parfois)

« Roh putain le con, il a niqué ma séance de numération, il me fait chier ce gosse, vivement qu’il déménage ! »

Donc putain, merde, fais chier, ta gueule… tout ça on aime bien le dire.

Plus rarement vieille pute ou salope, fils de pute ou bâtard nous viennent à l’esprit, mais ça arrive…

Bref… Voilà un petit échantillon de ce qui se passe derrière la porte de la salle des maîtres…

Hier, on s’est un peu foutu de la gueule de notre directeur, parce qu’il avait un tee-shirt à rayures qui nous a d’abord fait penser à Elmer l’éléphant, puis finalement à Pop le dinosaure. Il a des rayures de toutes les couleurs lorsqu’il mange… Quand il avale un citron il a une rayure jaune, des petits pois une rayure verte etc…

Là notre directeur, il a bouffé des feutres…

 

Voilà, voilà…